Dans La Lumière De Srimati Radharânî Et De Sri Krishnâ

RASLILA

[A partir de maintenant, le texte en surimpression sera celui de Chandidasa et le reste
les commentaires de M. Frapet.]

Sur le bord de la Jamuna, dans un bocage délicieux, se trouve un trône tout serti de pierres précieuses… Autour de lui fleurissent des arbres de toutes les essences, dont les branches s’inclinent vers le terre sous le poids des corolles et dans lesquels chantent les oiseaux… Là, des abeilles butinent le miel qui coule de ces arbres ; là, le paon et la paonne dansent en faisant la roue… Des animaux aquatiques, parmi lesquels des milliers de petits poissons frétillants, nagent dans les eaux de la Jamuna, où des lotus épanouis offrent leur nectar aux insectes… Ainsi, tous les charmes de la nature se trouvent réunis dans ce joli bois solitaire, où Sri-Krishna est assis sans que personne s’en doute. C’est la pleine Lune de Sarat sous laquelle a lieu la fête de Raslila9. La lune pleine et comme prête à déborder, semble trop pure… Kanou, roi des danseurs, est assis, la flûte aux lèvres, dans le bocage, où bourdonnent les frelons, où tous les oiseaux font entendre leur voix, où le paon et la paonne poussent des cris rauques, ou l’oiseau dahouki chante la joie de son coeur… Pour célébrer la fête de Raslila, Krishna, fils de Nanda, et sujet d’inquiétude de Madana, Krishna, exubérant, passionné, est perdu en ses rêves d’amour… Sur sa jolie flûte, qui rehausse encore la beauté de son visage, il fait entendre quelques notes… Puis, sur les cinq trous de son bambou, il joue cinq chants qui semblent des messages… La flûte appelle : « Radha, Radha, ma Bien- Aimée ». Et les laitières, qui l’entendent, rêvent de fuir vers la forêt… Le son de la flûte pénètre dans leur âme, en détruisant la paix ; celles mêmes qui ignorent les tourments du coeur demeurent haletantes…

Toutes semblent folles, et telles les biches des bois que vient d’atteindre la flèche du chasseur, elles s’enfuient au hasard, en lançant de tous côtés des regards égarés…

« Entends », dit Radha, « entends, mon amie ». C’est sa flûte charmante… C’est lui, c’est Krishna aux yeux de lotus qui nous appelle. Je ne sais demeurer calme… Mon coeur est agité… Ne sens-tu pas, que seul, notre corps est ici, mais que notre âme est là bas dans la forêt auprès de notre Krishna ? Tu sais, comme la Lune amoureuse éveille le désir de l’oiseau chacor qui rêve éperdument de la toucher, et tu sais aussi quel bonheur sans limite est celui de cet oiseau quand il est parvenu à s’approcher d’elle… Dis moi quand nous pourrons rencontrer Nagar… Dis-moi quand retrouverons-nous ses bras ? Que peuvent faire ceux qui nous dominent et vivent avec nous ? Qu’importe le mauvais renom ! Nous allons rejoindre Shama. Celui sans lequel nous ne pourrions vivre et sans lequel le temps que prend un clignement d’oeil nous semblerait long comme un jouga10 ; [Il] nous appelle sur sa flûte… Vite, vite, courons vers lui ». « Croyez ce que je vous dis, ajoute une autre laitière. Nous ne devons pas rester ici… Allons au bois de Brindabon (Vrindavana) ».

Une jeune femme occupée aux travaux du ménage les abandonne et s’enfuit vers la forêt, sans même prendre la peine de changer de vêtement… Une autre laisse là le lait qu’elle était en train de faire bouillir, après y avoir mélangé, dans son affolement, toute l’eau d’une cruche. Une troisième, préparant le repas, oublie son travail dès qu’elle entend la flûte et s’en va, laissant son récipient sur le feu, avec les légumes, les pois, les épices qu’elle venait d’apporter…Une laitière qui donnait le sein à son enfant, le pose sur le sol et s’enfuit, le coeur troublé… Elle court vers ce Brindabon réputé, tandis que le nourrisson pleure… Elle a perdu pour Krishna toute notion du bien et du mal… Une autre encore, endormie auprès de son époux, s’éveille soudain, au chant de la flûte… Elle s’essuie le visage, revêt une jolie tunique et se sauve vers le bois, délaissant son mari et l’étreinte de ses bras… Une sixième n’achève pas un travail commencé ; l’amour lui fait méconnaître tous ses devoirs. Elle s’en va sans prévenir personne. Une enfin, qui vivait dans la peine et le deuil, retrouve la joie sous le chant de la flûte…

Mais l’époux que la laitière a abandonné durant son sommeil s’éveille, se met à courir après sa femme, l’atteint et lui dit : « la nuit est déjà avancée… Où peux-tu donc aller ? N’as-tu pas honte ? Ne crains-tu pas de souiller la réputation des tiens ou d’encourir les reproches du monde ? Ta conduite est bien étrange. Où vas-tu à cette heure de la nuit ? Tu vas te faire expulser de ta famille ; tu veux te couvrir d’opprobre et tu me tues de chagrin. Où vas-tu en me quittant ? Ah ! Quel malheur ! ».Sous ces reproches, la laitière aux yeux de lotus demeure calme, mais elle s’enfuit à nouveau dès que son mari est repris par le sommeil… Elle s’enfuit sous l’instigation de l’Amour et ne pouvant obéir qu’à lui seul… Elle s’enfuit sans la moindre crainte vers le bois où se trouve Kanou… Toutes les jeunes femmes tourmentées s’habillent à la hâte, en écoutant plus que le désir de leur coeur… Dans l’affolement de l’Amour, l’une d’elle met autour de son cou les ornements destinés à ses chevilles… Une autre passe ses colliers autour de ses jambes, suspend ses bracelets sur sa poitrine et met autour de sa taille les bijoux destinés à sa gorge… Une troisième n’accroche qu’une seule de ses boucles d’oreille. Une quatrième ne passe ses bracelets qu’à un seul de ses bras. Elle dessine un petit disque sur son front avec du vermillon… Tandis qu’une de ses compagnes ne souligne qu’un seul de ses yeux avec du kajal… Une jeune fille ayant mis sa jupe dans le mauvais sens est incapable de marcher ; les femmes de Braja sont remplies d’impatience…

Mais regardez Radha, la toute charmante ! Vit-on jamais au monde pareille beauté ? Vêtue d’une robe ravissante, couverte de parures nombreuses, elle s’est mise au milieu des femmes de Braja pour s’abriter, de crainte que quelqu’un l’empêche de partir… Ses amies, heureuses aussi, s’en vont avec elle rapidement vers Brindabon. Raï (Radha) marche avec grâce et dit dans son ravissement : « Quelle nuit de joie incomparable ! Dieu va me donner mon trésor de bonheur… Je verrai ses deux pieds adorés… Je baignerai toute dans la source de la joie. Je satisferai mes espoirs… Je verrai mes désirs exaucés.

Cependant, là-bas, dans le berceau de verdure, Jadunatte, solitaire, chante toujours sur sa flûte le nom bien-aimé de Radha…

Nous pouvons affirmer que le Krishnaïsme est une spiritualité du Son. Lorsque Sri Krishna souffle dans Sa flûte, il la remplit du Nectar de Ses Lèvres et fait ainsi retentir la Vibration sonore Divine, pour attirer à Lui Srimati Radhârânî et les autres gopîs. Par cette divine mélodie, Sri Krishna augmente Sa Puissance de Félicité. Métaphoriquement, sur un plan strictement humain, on peut voir aussi dans le Son de cette flûte, l’Appel que le Seigneur lance à ceux qui sont prêts à Le suivre.

Les croyants des traditions Abrahamiques, habitués à un Dieu terrible qui Juge, puis Punit sévèrement ou Récompense, se trouvent tout à fait décontenancés face au Dieu Krishna qui dans Sa sublime Beauté joue merveilleusement de la flûte et ainsi symbolise la Beauté et la Joie. Il faut d’ailleurs avoir assisté à un Sankirtana, c’est à dire à un chant congrégationnel en public des Saints Noms du Seigneur, pour comprendre à quel point cette spiritualité vaïsnava est une spiritualité de la Joie. Un des ministres de confiance de Sri Krishna, est Brahma, lequel Brahma fut le premier être de la création chargé d’organiser l’Univers matériel. Sri Krishna, le Seigneur, Lui transmet Ses Instructions par la vibration de Sa flûte. Cette vibration n’est autre que le Mantra Gayatri et Brahma va se servir de cette Gayatri pour manifester tous les védas (le terme véda devant être ici compris comme les enseignements qui nous apportent ici bas, la Connaissance et nous donnent la bonne méthode pour vivre dans l’Univers). La vibration émise par la flûte de Krishna est transcendantale, et non matérielle. Chandidasa évoque une flûte nommée « bançi », mais Sri Krishna possède plusieurs flûtes… Le mot « bançi » n’est ici qu’un nom parmi les autres du Divin Instrument. Pour en terminer avec cet aspect très important de la « spiritualité du son », il convient encore de dire que le OM (vibration très connue en Occident – mais malheureusement employée à tort et à travers –), représente l’Incarnation sonore de l’Absolu, autrement dit l’aspect Impersonnel de l’Absolu ; le Maha Mantra Hare Krishna, relève quant à lui de l’aspect Personnel de l’Absolu. C’est bien la raison pour laquelle Srila Prabupadha (précité) a dit que le OM est enchâssé dans le Hare Krishna, un peu comme une pierre précieuse montée sur une bague est différente de son support, tout en demeurant toujours solidaire de ce dernier. Nous n’avons pas le temps de développer plus avant ce thème de la « spiritualité du son », mais ce sujet pourrait faire l’objet d’une belle étude dans le domaine de la Religion comparée. Les chrétiens penseront bien sûr aux nombreuses manifestations phoniques rapportées dans l’Apocalypse de Saint Jean (notamment le Tonnerre, mais aussi le Silence qui est à sa manière un Son…). Notons que la flûte de Sri Krishna a cinq trous et qu’Il en tire cinq chants. Ces cinq trous et ces cinq chants correspondent aux cinq Eléments de la Création, Feu, Air, Eau, Terre, et Ether. C’est une manière d’illustrer la Souveraineté Intégrale de Dieu sur Sa création.

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