Jardins

ÉLOGES DE LA TERRE et DES JARDINS DANS LA LITTÉRATURE

De nombreuses créations artistiques dans les domaines de la musique, de la peinture ou de la littérature ont fait l’éloge de la nature. Contentons-nous d’en revisiter certaines parmi les plus célèbres.

Voltaire fait dire à son héros Candide, dans le roman qui porte le même nom “Il faut cultiver notre jardin.” Maints commentateurs de cette phrase devenue célèbre suggèrent que le jardin dont parle Candide est le symbole de la culture, à la fois matérielle, pour la nourriture qu’elle dispense, et intellectuelle, considérée comme une métaphore de la nourriture spirituelle. Le jardin, c’est aussi un éloge de l’ordinaire, du chez-soi, de la normalité, car à défaut de construire un monde parfait, il faut se contenter, selon Voltaire, du monde tel qu’il est. Ne dit-il pas dans ses aphorismes “Être son médecin soi-même, vivre avec régime, secourir de temps en temps la nature, et jamais la forcer”.

Candide et ses amis cherchent une réponse à leurs questions existentielles, une philosophie de vie qu’ils pourraient suivre sur le long terme. La rencontre d’un vieux jardinier, qui prend plaisir à faire des confitures avec sa famille, leur montre la voie. La vie de ce vieillard exalte les joies simples, le partage en famille et les qualités de l’homme. Le prenant pour modèle, Candide et ses compagnons arrivent eux-mêmes à cette conclusion “Il faut cultiver notre jardin”, c’est-à-dire qu’il faut travailler à être heureux, que le bonheur se cultive, qu’il faut entretenir son bonheur [] Face au monde tel qu’il est, l’homme doit limiter ses désirs au seul bonheur relatif que procure un travail satisfaisant : “Travaillons sans raisonner, dit Martin, c’est le seul moyen de rendre la vie supportable”.

Combien d’écrivains et autres illustres personnages ont vanté à travers l’histoire les joies et les mérites de cet humble jardinier qui retourne sa terre, de ce paysan qui sème ses graines !

Parmi ses 38 poèmes “divers jeux rustiques”, Joachim Du Bellay a composé en 1558 un chef-d’œuvre intitulé “Le vœu d’un vanneur de blé aux vents”, aussi appelé tout simplement “Au vent”, qui aurait beaucoup ému Baudelaire. Le voici :

À vous, troupe légère
Qui d’aile passagère
Par le monde volez,
Et d’un sifflant murmure
L’ombrageuse verdure
Doucement ébranlez,

J’offre ces violettes
Ces lis et ces fleurettes,
Et ces roses ici,
Ces vermeillettes roses,
Tout fraîchement écloses,
Et ces œillets aussi.
De votre douce haleine
Éventez cette plaine,
Éventez ce séjour :
Cependant que j’ahanne
À mon blé, que je vanne
À la chaleur du jour.

Blaise Pascal écrit, lui, dans ses Pensées :
“La nature s’imite : une graine, jetée en bonne terre, produit ; un principe, jeté dans un bon esprit, produit”.