{"id":1253,"date":"2018-02-10T00:11:42","date_gmt":"2018-02-10T00:11:42","guid":{"rendered":"http:\/\/festivaldelinde.org\/fr\/?p=1253"},"modified":"2020-06-09T11:56:57","modified_gmt":"2020-06-09T09:56:57","slug":"un-festin-dans-la-demeure-dadvaita-acarya","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/festivaldelinde.org\/fr\/un-festin-dans-la-demeure-dadvaita-acarya\/","title":{"rendered":"Un festin dans la Demeure d&#8217;Adva\u00efta Acarya"},"content":{"rendered":"<p>Juste apr\u00e8s \u00eatre entr\u00e9 dans l&#8217;Ordre du Renoncement ( Sannyasa) \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 24 ans, le Seigneur Ca\u00eftanya Mahaprabhu d\u00e9cida de Se rendre \u00e0 Vrindavana. Cependant, plong\u00e9 dans une extase profonde, Il s&#8217;\u00e9gara en chemin, dans la r\u00e9gion du Radha Desa. Depuis Son d\u00e9part pour Vrindavana, Il \u00e9tait accompagn\u00e9 de loin par Nityananda Prabhu, Candrasekhara et Mukunda Prabhu. Au cours de ce voyage, Nityananda Prabhu donna l&#8217;ordre \u00e0 des jeunes p\u00e2tres d&#8217;indiquer une mauvaise direction \u00e0 Sri Ca\u00eftanya, dans l&#8217;espoir que Celui ci, apr\u00e8s s&#8217;\u00eatre tromp\u00e9, Se retrouve sur les rives du Gange \u00e0 Santipura, o\u00f9 l&#8217;attendrait fort opportun\u00e9ment Adva\u00efta Acarya dans une barque. Nityananda Prabhu dit alors au Seigneur Ca\u00eftanya : \u00ab Regarde, voici la Yamuna ! \u00bb En r\u00e9alit\u00e9, il s&#8217;agissait du Gange, mais dans Son extase, Sri Ca\u00eftanya Mahaprabhu ne vit pas la diff\u00e9rence entre les deux fleuves. Il Se baigna dans le Gange en r\u00e9pandant beaucoup de b\u00e9n\u00e9dictions. C&#8217;est alors qu&#8217; Adva\u00efta Acarya survint opportun\u00e9ment sur une petite embarcation avec un v\u00eatement de rechange pour le Seigneur Ca\u00eftanya, et Celui-ci Se douta d&#8217;une aimable supercherie quand il vit approcher Adva\u00efta Acarya. Alors, Adva\u00efta Acarya Lui avoua tout et Le consola en Lui disant : \u00ab O\u00f9 que Tu sois, se trouve Vrindavana \u00bb. Sri Ca\u00eftanya tan\u00e7a tout de m\u00eame un peu Nityananda Prabhu pour Son audace, mais Adva\u00efta Acarya r\u00e9v\u00e9la qu&#8217;en fait il n&#8217;y avait pas eu \u2013 \u00e0 proprement parler- \u00ab tromperie \u00bb, puisqu&#8217; \u00e0 l&#8217;endroit de leur rencontre, la Yamuna et le Gange se rejoignaient. Alors, Adva\u00efta Acarya invita le Seigneur \u00e0 venir d\u00e9jeuner chez Lui, tout en Le pr\u00e9venant qu&#8217;Il n&#8217;avait \u00e0 Lui offrir \u00ab qu&#8217;une poign\u00e9e de riz accompagn\u00e9e de l\u00e9gumes tr\u00e8s simples et d&#8217;\u00e9pinards cuisin\u00e9s en sauce \u00bb ( Caitanya Caritamrita, Madhya Lila 1, version fran\u00e7aise, ch. 3, sloka 39, p. 255).<\/p>\n<p>Le Seigneur Ca\u00eftanya venait en effet de je\u00fbner pendant trois jours cons\u00e9cutifs, ne Se nourrissant en quelque sorte que de l&#8217;Amour pour Sri Krishna. Juste avant de d\u00e9jeuner, Sri Adva\u00efta offrit Lui- m\u00eame le repas \u00e0 Sri Visnu, puis toutes les pr\u00e9parations furent divis\u00e9es en 3 parts \u00e9gales, dont une fut d\u00e9pos\u00e9e sur un plat en m\u00e9tal pour \u00eatre offerte \u00e0 Sri Krishna. A cet endroit du r\u00e9cit, le Ca\u00eftanya Caritamrita nous offre une splendide description des mets cuisin\u00e9s pour ce festin m\u00e9morable : \u00ab Le riz, exquis et cuit \u00e0 point, formait un petit monticule au milieu duquel avait \u00e9t\u00e9 vers\u00e9 du beurre clarifi\u00e9 jaune obtenu \u00e0 partir du lait de vache. Autour du tas de riz, \u00e9taient dispos\u00e9s des bols faits d&#8217;\u00e9corces de bananier et contenant diff\u00e9rents l\u00e9gumes ainsi que du Mung Dahl. Il y avait entre-autres l\u00e9gumes, des patolas, des courges, des manacakus et une salade de plusieurs vari\u00e9t\u00e9s d&#8217;\u00e9pinards avec des morceaux de gingembre ; il y avait du sukhta, sorte de petite courge am\u00e8re m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 des l\u00e9gumes vari\u00e9s, qui d\u00e9fiait le go\u00fbt du nectar. Il y avait cinq sortes de sukhtas amers et piquants ; Des jeunes feuilles de nimba frites avec des aubergines s&#8217;ajoutaient aux diff\u00e9rentes pr\u00e9parations de l\u00e9gumes. Les fruits appel\u00e9s &#8221; patolas&#8221; avaient frit avec du phula-badi, sorte de pr\u00e9paration \u00e0 base de dahl r\u00e9duit en p\u00e2te puis s\u00e9ch\u00e9e au soleil. Il y avait \u00e9galement une pr\u00e9paration appel\u00e9e &#8221; kusmanda-manacaki&#8221;. Une pr\u00e9paration faite de pulpe de noix de coco m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 du lait caill\u00e9e et \u00e0 du sucre candi \u00e9tait particuli\u00e8rement d\u00e9licieuse. Il y avait en grande quantit\u00e9 un curry fait de fleurs de bananiers et de courges bouillies dans du lait ; il y avait de petites tourtes en sauce aigre-douce et cinq ou six sortes de pr\u00e9parations relev\u00e9es d&#8217;un go\u00fbt aigrelet.<\/p>\n<p>Tous les l\u00e9gumes \u00e9taient cuisin\u00e9s en quantit\u00e9 suffisante pour que tous ceux qui \u00e9taient pr\u00e9sents puissent go\u00fbter ce prasada. Il y avait plusieurs sortes de galettes moelleuses \u00e0 base de mung dahl, de bananes m\u00fbres ou de urad dahl. Il y avait aussi diff\u00e9rentes sortes de sucreries, des g\u00e2teaux de riz au lait, une friandise \u00e0 la noix de coco, et toutes les p\u00e2tisseries que l&#8217;on pouvait d\u00e9sirer. Tous les l\u00e9gumes \u00e9taient servis dans des r\u00e9cipients faits de feuilles de bananier venant d&#8217;arbres produisant au moins trente-deux r\u00e9gimes de bananes. Ces pots \u00e9taient tr\u00e8s solides, tr\u00e8s grands, et ils ne penchaient ni ne se renversaient. Tout autour des trois places \u00e9taient dispos\u00e9s une centaine de r\u00e9cipients emplis des diverses sortes de l\u00e9gumes. Outre les diff\u00e9rents l\u00e9gumes, il y avait du riz au lait additionn\u00e9 de gh\u00ef, contenu dans des pots de terre neufs. <!--nextpage-->En trois endroits se trouvaient des pots de terre remplis de lait tr\u00e8s condens\u00e9. En plus des autres pr\u00e9parations, il y avait des flocons de riz au lait et aux bananes et des courges blanches bouillies dans du lait. Pour tout dire, il n&#8217;est pas possible de d\u00e9crire tous les mets qui \u00e9taient servis. En d&#8217;autres endroits se trouvaient des pots de terre remplis d&#8217;une autre pr\u00e9paration faite de yaourt, de sandesa ( une sucrerie \u00e0 base de lait caill\u00e9) et de bananes ; Sur le monticule de riz cuit \u00e0 l&#8217;eau et sur tous les l\u00e9gumes, \u00e9taient pos\u00e9es des fleurs de tulasi. Il y avait \u00e9galement des cruches pleines d&#8217;eau de rose tr\u00e8s parfum\u00e9es. \u00bb ( CC, livre pr\u00e9cit\u00e9, Slokas 44 \u00e0 56). Les invit\u00e9s \u00e9taient assis sur des si\u00e8ges d&#8217;\u00e9toffe douce. Apr\u00e8s avoir offert la nourriture \u00e0 Sri Krishna, les participants au repas c\u00e9l\u00e9br\u00e8rent Bhoga-Arati dans le temple des Murtis, puis ils entr\u00e8rent dans la pi\u00e8ce o\u00f9 \u00e9taient entrepos\u00e9s tous les mets. Emerveill\u00e9 par une telle profusion de nourriture, Sri Ca\u00eftanya s&#8217;exclama : \u00ab Je prendrai personnellement les pieds pareils au lotus de quiconque peut offrir \u00e0 Krishna des mets aussi merveilleux et Je garderai ces pieds pareils au lotus sur ma t\u00eate, vie apr\u00e8s vie \u00bb ( sloka 65). Toutefois, jusqu&#8217;au dernier moment, Sri Ca\u00eftanya Mahaprabhu \u00e9tait \u00e0 cent lieux d&#8217;imaginer que tous ces mets pr\u00e9sent\u00e9s constituaient le prasada qui leur \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 eux trois ! Il s&#8217;\u00e9cria alors qu&#8217;il \u00e9tait inconvenant pour un Renon\u00e7ant de manger tant de plats si d\u00e9licieux et si joliment pr\u00e9sent\u00e9s. Alors, Adva\u00efta Acarya qui savait que Sri Ca\u00eftanya Mahaprabhu \u00e9tait l&#8217;Avatar Dor\u00e9, Sri Krishna en Personne, s&#8217;adressa \u00e0 Lui \u00e0 peu pr\u00e8s en ces termes, afin de Lui \u00f4ter tout argument pour refuser de manger, par peur de laisser des restes : \u00ab&#8230; Je sais Qui Tu es et Je sais pourquoi Tu as pris le Sannyasa ; alors, s&#8217;il Te pla\u00eet, mange ! \u00bb ( sloka 71). Le Seigneur r\u00e9torqua que de toute mani\u00e8re, Il ne pourrait pas prendre autant de nourriture. Adva\u00efta Acarya Lui dit alors de Se servir copieusement et de laisser dans Son assiette ce qu&#8217;Il ne pourrait pas finir. Ce \u00e0 quoi le Seigneur Ca\u00eftanya r\u00e9pondit qu&#8217;il n&#8217;\u00e9tait pas correct qu&#8217;un Sannyasi laiss\u00e2t des restes de nourriture dans son assiette. Mais Adva\u00efta Acarya Lui rappela, avec quelque humour, que lorsqu&#8217;Il \u00e9tait \u00e0 Jagannatha Puri, Il faisait 54 repas par jour, avalant ainsi des centaines de pots de nourriture !<\/p>\n<p>Nityananda Prabhu d\u00e9clara quant \u00e0 Lui, qu&#8217;Il avait je\u00fbn\u00e9 trois jours d&#8217;affil\u00e9e et que \u2013 somme toute-, ce repas Le d\u00e9cevait beaucoup, car Il pouvait l&#8217;engloutir en quelques bouch\u00e9es qui ne pourraient m\u00eame pas remplir la moiti\u00e9 de Son estomac. Adva\u00efta Acarya fait alors semblant d&#8217;adresser des reproches \u00e0 Nityananda Prabhu, en Lui demandant de cesser \u00ab d&#8217;\u00eatre aussi avide \u00bb. Nityananda Prabhu, n&#8217;ignorant pas qu&#8217;Adva\u00efta Acarya sait parfaitement \u00e0 qui Il s&#8217;adresse, Lui r\u00e9pond du tac-au tac : \u00ab Peu importe ce que Je suis, [ puisque] Tu m&#8217;as invit\u00e9 ; [ donc] Tu dois Me donner \u00e0 manger autant que je le d\u00e9sire \u00bb ( Sloka 83). Mais le jeu de r\u00f4le continue entre ces trois Personnes du Panca-Tattva et Adva\u00efta Acarya fait semblant de se moquer de Nityananda Prabhu en des termes apparemment tr\u00e8s acerbes : \u00ab Tu es un Paramahamsa d\u00e9chu et Tu as adopt\u00e9 l&#8217;Ordre du Renoncement simplement pour Te remplir l&#8217;estomac. Je vois bien que Tu cherches \u00e0 importuner les Brahmanas \u00bb ( Sloka 85). A ce moment l\u00e0, en r\u00e9alit\u00e9, Adva\u00efta Acarya reconna\u00eet en Nityananda Prabhu un Paramahamsa, et derri\u00e8re Ses boutades lorsqu&#8217;Il Le qualifie de \u00ab d\u00e9chu \u00bb, en fait, Il Glorifie Nityananda Prabhu. N&#8217;oublions pas qu&#8217;un Paramahamsa ne ressent plus aucun attrait pour les choses mat\u00e9rielles, et n&#8217;a plus, par ailleurs, aucune convenance sociale reconnue dans le monde manifest\u00e9 \u00e0 respecter. Les trois protagonistes de ce Festin savent parfaitement qui Ils sont et ce repas n&#8217;est qu&#8217;un jeu divin, un Divertissement au cours duquel Ils Se livrent \u00e0 toutes sortes de provocations apparentes ne visant qu&#8217;\u00e0 Se Placer subtilement au dessus de tous les usages en vigueur dans la soci\u00e9t\u00e9 hindoue. C&#8217;est ainsi que d\u00e8s qu&#8217;Il avait mang\u00e9 la moiti\u00e9 d&#8217;une pr\u00e9paration de l\u00e9gumes, Sri Ca\u00eftanya Mahaprabhu s&#8217;abstenait de finir l&#8217;autre moiti\u00e9, mais entamait quand -m\u00eame un autre plat ( Sloka 88). Lorsque Adva\u00efta Acarya demande \u00e0 Ses invit\u00e9s s&#8217;ils souhaitent reprendre des l\u00e9gumes, Sri Ca\u00eftanya Mahaprabhu Lui r\u00e9pond sur un ton sarcastique : \u00ab Combien puis-je en manger encore ? \u00bb, et non moins ironiquement, Adva\u00efta Acarya Lui affirme que dor\u00e9navant Il pourra manger la moiti\u00e9 de tout ce qui Lui sera servi et laisser l&#8217;autre. C&#8217;est alors Nityananda Prabhu qui relance le Jeu en d\u00e9clarant avoir encore tr\u00e8s faim, malgr\u00e9 tout ce qu&#8217;Il a d\u00e9j\u00e0 mang\u00e9. Alors, simulant la col\u00e8re, Il prend une poign\u00e9e de riz et \u00ab la jette \u00e0 terre devant Lui, comme s&#8217;Il \u00e9tait en col\u00e8re \u00bb ( Sloka 94).<\/p>\n<p>D\u00e8s que les premiers grains de riz lanc\u00e9s par Nityananda Prabhu touchent le corps d&#8217;Adva\u00efta Acarya, Ce dernier Se met \u00e0 danser \u00ab avec le riz coll\u00e9 \u00e0 Lui \u00bb ( Sloka 96). Cette sc\u00e8ne est devenue tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre dans les milieux va\u00efsnavas. Imaginons qu&#8217;ayant invit\u00e9 deux amis qui nous sont particuli\u00e8rement chers, ces derniers critiquent la quantit\u00e9 de nourriture qui leur est offerte, puis non-seulement la gaspillent en entamant tous les plats \u00e0 la fois, mais encore se permettent de projeter violemment des aliments au sol en \u00e9levant le ton. Nous serions probablement scandalis\u00e9s et un tel comportement entra\u00eenerait assur\u00e9ment la fin pr\u00e9matur\u00e9e du repas et l&#8217;expulsion des insolents ! Or, Adva\u00efta Acarya, le ma\u00eetre de maison offens\u00e9 r\u00e9pond \u00e0 cette provocation, en dansant de joie ! C&#8217;est A.C Bhaktivedanta Swami Prabhupada, qui nous donne la clef de cette sc\u00e8ne surr\u00e9aliste : En effet, au contact des grains de riz jet\u00e9s par Nityananda Prabhu, Adva\u00efta Acarya S&#8217;est senti imm\u00e9diatement purifi\u00e9 de toute contamination mat\u00e9rielle. Les restes de nourriture d\u00e9laiss\u00e9s par un pur Va\u00efsnava, sont appel\u00e9s \u00ab maha-maha Prasada \u00bb. Il s&#8217;agit d&#8217;une nourriture qui s&#8217;est int\u00e9gralement spiritualis\u00e9e au contact du Pur Va\u00efsnava qui l&#8217;a touch\u00e9e. Et elle est alors consid\u00e9r\u00e9e comme Sri Visnu Lui-M\u00eame. Srila Prabhupada enseigne : \u00ab &#8230;Il ne s&#8217;agit pas de restes ordinaires, [ mais il convient] de consid\u00e9rer le Ma\u00eetre Spirituel comme un Paramahamsa , situ\u00e9 au-del\u00e0 des r\u00e8gles de l&#8217;institution du Varnasrama. Les restes de nourriture [ abandonn\u00e9s] par le ma\u00eetre spirituel et par de semblables Paramahamsa \u2013 ou de purs va\u00efsnavas- , ont un pouvoir purificateur. [ Ainsi], lorsqu&#8217;une personne ordinaire touche ce prasada, son mental en est purifi\u00e9 et [ se trouve] \u00e9lev\u00e9 au niveau d&#8217;un pur brahmana \u00bb ( CC, Madhya Lila 1, ch. 3, commentaire du sloka 96, p. 285). Srila Prabhupada conclut : \u00ab Les paroles d&#8217;Adva\u00efta Acarya sont destin\u00e9es \u00e0 \u00e9clairer les gens ordinaires qui n&#8217;ont pas conscience de la force des valeurs spirituelles, et [ par cons\u00e9quent] ne connaissent pas la puissance de la nourriture laiss\u00e9e par le Ma\u00eetre spirituel authentique et les purs va\u00efsnavas \u00bb. <!--nextpage-->Adva\u00efta Acarya dit ensuite en plaisantant qu&#8217;il pense que Nityananda Prabhu n&#8217;appartient \u00e0 une aucune caste, ni m\u00eame \u00e0 une famille particuli\u00e8re et finit par le qualifier de \u00ab fou par nature \u00bb capable de jeter du Prasada sur un brahmane \u00bb. Bien s\u00fbr, ces paroles se r\u00e9f\u00e8rent \u2013 \u00e0 propos de Nityananda Prabhu-, \u00e0 une folie toute transcendantale, et l\u00e0 aussi il faut comprendre ces propos d&#8217;Adva\u00efta Acarya \u00e0 un niveau m\u00e9taphorique. Nityanada Prabhu sur-ench\u00e9rit alors, et accuse Adva\u00efta Acarya de commettre une grave offense en S&#8217;\u00e9tant r\u00e9v\u00e9l\u00e9 incapable de comprendre qu&#8217;il ne s&#8217;agissait pas de restes ordinaires, mais d&#8217;aliments offerts \u00e0 Sri Krishna., Dieu, la Personne Supr\u00eame. Alors, Il met Son h\u00f4te \u00e0 l&#8217;amende, en imposant \u00e0 Adva\u00efta Acarya d&#8217;inviter chez Lui au moins une centaine de Sannyasis et de les nourrir somptueusement. R\u00e9pondant par l&#8217;ironie \u00e0 la plaisanterie, Adva\u00efta Acarya jure bien au contraire, de ne plus jamais inviter de Sannyasis chez Lui , car, dit-Il, c&#8217;est un Sannyasi \u00ab qui a ruin\u00e9 tous Ses principes brahmaniques de Smriti* [* les principes issus de la tradition orale] \u00bb.<\/p>\n<p>L\u00e0 aussi, cette nouvelle boutade prend valeur d&#8217;enseignement, car effectivement, un Paramahamsa ne peut que donner l&#8217;impression qu&#8217;Il \u00ab d\u00e9truit les principes brahmaniques \u00bb, ces derniers se situant \u00e0 un niveau certes \u00e9lev\u00e9 dans la vie spirituelle de ce monde, mais \u00e9voluant tout de m\u00eame dans un univers bien inf\u00e9rieur \u00e0 celui o\u00f9 se d\u00e9ploie une Grande \u00c2me. Ce repas s&#8217;ach\u00e8ve enfin dans la douceur. En effet, les messages fondamentaux ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9livr\u00e9s. Ainsi, \u00e0 la fin du Festin, Adva\u00efta Acarya pr\u00e9sente de l&#8217;eau aux Seigneurs pour qu&#8217;Ils lavent leurs mains et se rincent la bouche. Puis Il Les conduit vers \u00ab un bon lit \u00bb afin qu&#8217;Ils s&#8217;y reposent non sans Leur avoir pr\u00e9alablement offert \u00ab un m\u00e9lange de clous de girofle, de cardamome et de fleurs de Tulasi, \u00ab afin qu&#8217;Ils aient l&#8217;haleine parfum\u00e9e \u00bb ( Slokas 102et 103). Et puis, Sri Adva\u00efta enduit le corps des Seigneurs et d\u00e9core leurs poitrines de guirlandes de fleurs parfum\u00e9es. Toutefois, Sri Ca\u00eftanya d\u00e9cline toutes ces douceurs qui ne conviennent pas \u00e0 un Sannyasi et demande \u00e0 Adva\u00efta Acarya d&#8217; \u00ab arr\u00eater \u00bb Ses pr\u00e9venances excessives ( Sloka 106). Le Jeu Divin qui a utilis\u00e9 le pr\u00e9texte de ce Festin pour \u00e9noncer des enseignements fondamentaux, touche \u00e0 sa fin et il est d\u00e9sormais temps que les codes socio-spirituels repassent au premier plan. Adva\u00efta Acarya, qui Lui, n&#8217;a toujours pas mang\u00e9, est \u00ab invit\u00e9 \u00bb par Sri Ca\u00eftanya Mahaprabhu \u00e0 aller prendre le Prasada avec Haridasa et Mukunda, ce qu&#8217;Il accepte bien volontiers. Rappelons ici bri\u00e8vement que ces deux personnages, au Sloka 61, avaient tr\u00e8s humblement d\u00e9clin\u00e9 de partager le Prasada en pr\u00e9sence \u00ab des Seigneurs \u00bb, arguant du fait pour l&#8217;un ( Haridasa) qu&#8217;il \u00ab \u00e9tait p\u00e9cheur et le plus vil des Hommes \u00bb, et pour l&#8217;autre, Mukunda, qu&#8217;il \u00ab avait une t\u00e2che \u00e0 accomplir \u00bb. Haridasa \u00e9tait n\u00e9 dans une famille musulmane et bien que consid\u00e9r\u00e9 par les Seigneurs comme un tr\u00e8s haut va\u00efsnava, Haridasa se tenait \u00e0 l&#8217;\u00e9cart de la communaut\u00e9 hindoue pour ne pas troubler la paix sociale et l&#8217;harmonie qui r\u00e9gnait alors au Bengale entre les diff\u00e9rentes communaut\u00e9s religieuses. En invitant Haridasa et Mukunda \u00e0 partager le Prasad avec Eux, Sri Ca\u00eftanya Mahaprabhu et Nityananda Prabhu s&#8217;\u00e9levaient l\u00e0 aussi au dessus des codes sociaux.<\/p>\n<p>A partir du Sloka 108, la th\u00e9matique change. Il s&#8217;agit d&#8217;aboutir \u00e0 un consentement sans r\u00e9serve de Srimati Sacimata, la m\u00e8re de Sri Ca\u00eftanya Mahaprabhu , \u00e0 la prise du Sannyasa par Son fils. Les 100 derniers slokas se d\u00e9roulent encore chez Adva\u00efta Acarya.<\/p>\n<p>Lorsque les gens de Santipura apprirent que le Seigneur Ca\u00eftanya \u00e9tait pr\u00e9sent parmi eux, ils vinrent tous le voir et furent \u00e9merveill\u00e9s par sa beaut\u00e9 : \u00ab la radiance de Son corps surpassait [ celle] du soleil \u00bb ( sloka 110). D\u00e8s la fin du jour, un sankirtan de trois heures est entam\u00e9, et tout \u00e0 la fois \u00e9mu et joyeux, Adva\u00efta Acarya d\u00e9clare publiquement que puisqu&#8217;il Lui a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de conna\u00eetre le plus haut plaisir transcendantal qui est d&#8217;h\u00e9berger Sri Krishna dans Sa maison ( sloka 114), Il veut L&#8217;attacher pour Le garder&#8230;( sloka 117). Adva\u00efta Acarya ne cesse de danser que lorsque pris dans Son extase, Sri Ca\u00eftanya Mahaprabhu s&#8217;affaisse soudainement \u00e0 terre, le corps et l&#8217;\u00e2me d\u00e9chir\u00e9s par la douleur de Son sentiment de s\u00e9paration d&#8217;avec Sri Krishna. Il finit cependant par se relever, et apr\u00e8s \u00ab avoir rugi comme le tonnerre \u00bb ( sloka 129), Il continue \u00e0 danser, submerg\u00e9 par des vagues d&#8217;extase. C&#8217;est Nityananda Prabhu qui parvient \u00e0 Le convaincre d&#8217;arr\u00eater de danser et de Se reposer. Pendant dix jours cons\u00e9cutifs, Adva\u00efta Acarya \u00ab c\u00e9l\u00e9bra des Festins et des Kirtans tous les soirs [ et] servit le Seigneur r\u00e9guli\u00e8rement&#8230; \u00bb ( sloka 136).<\/p>\n<p>Les passages compris entre les slokas 139 et 188 d\u00e9crivent comment M\u00e8re Sacimata finit par accepter que son fils adopte l&#8217;Ordre du Sannyasa ; puis ( sloka 185), le Seigneur Ca\u00eftanya rencontre tous les d\u00e9vots de Navadvipa, dispensant largement \u00e9treintes, sourires et regards mis\u00e9ricordieux. Il est rapport\u00e9 dans le Ca\u00eftanya Caritamrita, au sloka 156, que \u00ab la demeure d&#8217;Adva\u00efta Acarya [ dans laquelle tout le monde dansait et chantait les Saints Noms de Hari], fut transform\u00e9e en Sri Va\u00efkuntha Puri \u00bb, certainement \u00e0 l&#8217;image des maisons de tous les d\u00e9vots qui se consacrent avec amour au Service du Seigneur. Les slokas 158 et 159 relatent un miracle de la multiplication des r\u00e9serves de nourriture par Adva\u00efta Acarya, un \u00ab pouvoir \u00bb bien \u00e9tabli chez les proph\u00e8tes, grands Sages et Avataras dans toutes les traditions r\u00e9v\u00e9l\u00e9es.Depuis le sloka 171 jusqu&#8217;au 181, il est question de la douleur des d\u00e9vots de la r\u00e9gion de Santipura, mais surtout de la m\u00e8re de Ca\u00eftanya Mahaprabhu, \u00e0 l&#8217;id\u00e9e que le Seigneur Ca\u00eftanya puisse prendre l&#8217;Ordre du Sannyasa, et donc quitter la vie du si\u00e8cle. Toutefois, malgr\u00e9 son grand chagrin, \u00ab en autorisant son fils \u00e0 devenir Sannyasi pour partir en Queste de Sri Krishna, Srimati Sacimata donne une le\u00e7on \u00e0 toutes les m\u00e8res du monde : Par son consentement, enti\u00e8rement libre, elle indique que \u00ab tous les fils doivent devenir de v\u00e9ritables d\u00e9vots de Krishna et ne pas rester \u00e0 la maison, [ m\u00eame] aux bons soins d&#8217;une m\u00e8re attentionn\u00e9e \u00bb ( commentaire de Srila Prabhupada sur le sloka 181, Madhya Lila 1,version fran\u00e7aise, ch. 3 , p. 324). <!--nextpage-->Ceci dit, un compromis est quand -m\u00eame \u00e0 l&#8217;origine de l&#8217;accord de M\u00e8re Sacimata, au terme duquel Sri Ca\u00eftanya Mahaprabhu accepte d&#8217;\u00e9tablir \u00e0 Jagannatha Puri-Nilacala, Sa r\u00e9sidence principale, permettant ainsi \u00e0 Sa m\u00e8re, mais aussi aux innombrables d\u00e9vots qui L&#8217;aimaient, de Le voir souvent ( sloka 183).<\/p>\n<p>Les slokas 190 \u00e0 198 relatent les \u00ab au-revoir \u00bb du Seigneur \u00e0 Ses d\u00e9vots, ainsi que les consignes d&#8217;adoration qu&#8217;Il leur transmet \u00e0 cette occasion. Du sloka 198 au sloka 205, il est question des ultimes derniers jours du Seigneur Ca\u00eftanya chez Adva\u00efta Acarya. Les sloka 209 \u00e0 216 \u00e9voquent le d\u00e9part d\u00e9finitif d&#8217;Adva\u00efta Acarya pour jagannatha Puri.<\/p>\n<p>Ce chapitre 3 de la Madhya Lila 1 du Ca\u00eftanya Caritamrita, est tr\u00e8s riche en enseignements relatifs au caract\u00e8re sacr\u00e9 du Prasadam, mais aussi fournit de pr\u00e9cieuses indications sur les rapports qu&#8217;un Paramahamsa, un renon\u00e7ant ou bien encore un pur d\u00e9vot va\u00efsnava peuvent entretenir avec les convenances socio-religieuses. Dans la m\u00eame optique, ce texte pr\u00e9cise l&#8217;attitude que doit adopter un d\u00e9vot lorsqu&#8217;il d\u00e9cide de quitter le monde pour devenir Renon\u00e7ant. Mais la principale le\u00e7on \u00e0 retenir en lien avec le Festin d\u00e9crit dans ses moindres d\u00e9tails, c&#8217;est qu&#8217;Adva\u00efta Acarya, l&#8217;h\u00f4te des Seigneurs Ca\u00eftanya et Nityananda Prabhu, repr\u00e9sente l&#8217;exemple id\u00e9al pour tous les d\u00e9vots appel\u00e9s \u00e0 recevoir des invit\u00e9s : G\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et humilit\u00e9 caract\u00e9risent l&#8217;accueil qu&#8217; Adva\u00efta Acarya accorde au Seigneur Ca\u00eftanya, d&#8217;\u00e9minentes qualit\u00e9s que devrait poss\u00e9der et d\u00e9ployer dans la pl\u00e9nitude de leur puissance transcendantale, tout Chef de famille d\u00e9sirant oeuvrer pour la diffusion de la Conscience de Krishna en ce monde.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Juste apr\u00e8s \u00eatre entr\u00e9 dans l&#8217;Ordre du Renoncement ( Sannyasa) \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 24 ans, le Seigneur Ca\u00eftanya Mahaprabhu d\u00e9cida de Se rendre \u00e0 Vrindavana. Cependant, plong\u00e9 dans une extase profonde, Il s&#8217;\u00e9gara en chemin, dans la r\u00e9gion du Radha Desa. Depuis Son d\u00e9part pour Vrindavana, Il \u00e9tait accompagn\u00e9 de loin par Nityananda Prabhu, Candrasekhara [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1037,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[33],"class_list":["post-1253","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-philosophie","tag-philosophie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/festivaldelinde.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1253","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/festivaldelinde.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/festivaldelinde.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/festivaldelinde.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/festivaldelinde.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1253"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/festivaldelinde.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1253\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/festivaldelinde.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1037"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/festivaldelinde.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1253"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/festivaldelinde.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1253"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/festivaldelinde.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1253"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}